- Idée évoquée : fin du monde, jour qui ne viendra jamais, oubli, pays pauvre
- Expression idiomatique : têt Cong-gô (le Nouvel An du Congo)
- Contexte d’usage : Vietnam, vietnamien
- Typologie : exotisme, pauvreté
- Étymologie : Congo
- Lieu réel : République démocratique du Congo/République du Congo
Dans l’ouvrage Pétaouchnok(s), le terme Conchinchina, utilisé dans les langues espagnole et portugaise pour nommer le bout du monde, nous a conduits au Vietnam. Je me suis alors demandé comment on appellerait le bout du monde en vietnamien : j’ai pris connaissance de l’expression Đập cánh giữa không trung, qui signifierait « voltiger au milieu de nulle part », mais je n’avais pas trouvé de toponyme utilisé dans un sens idiomatique. Maintenant, je découvre que l’expression têt Cong-gô (« le Nouvel An du Congo ») est utilisée comme l’équivalent du français À la Saint-Glinglin, pour indiquer un jour qui ne viendra jamais. C’est, par exemple, la réponse évasive pour rejeter une proposition de mariage ou pour ne pas répondre à une demande indiscrète.
Les explications que les sites vietnamiens donnent à propos de l’expression convergent toutes pour dire que, le Congo étant un pays très pauvre (sans distinction entre Brazzaville et Kinshasa), on pense que les Congolais doivent en moyenne attendre 50 ans pour avoir les moyens de fêter le Nouvel An ; et que, leur espérance de vie étant assez courte (58 ans en RDC contre les 73 des Vietnamiens), ils ne pourront fêter qu’une seule fois dans leur existence. Cela finit par ressembler à une autre manière de dire jamais : d’ailleurs, la Saint-Glinglin, dans beaucop de contextes linguistiques, s’appelle la Saint-Jamais.
L’expression vietnamienne, certes, insiste sur la dimension temporelle, et pourtant la dimension géographique est très importante : comment le nom d’un pays (dans ce cas même de deux pays) en arrive-t-il à rentrer dans l’imaginaire et les expressions idiomatiques d’un pays lointain pour évoquer un sens de pauvreté et un destin inévitable d’attente sans espoir pour tous ses habitants ? Il faudrait donc aller explorer plus en profondeur les liens historiques entre le Vietnam et le Congo, deux pays que l’on associe éventuellement, au sens très large, pour le fait d’avoir tous les deux une histoire coloniale et d’avoir souffert de drames indicibles causés par les guerres des autres. On remarquera tout de même que les Vietnamiens perçoivent le Congo comme un Pétaouchnok, alors que le cinéma a transposé l’imaginaire littéraire européen du Cœur des ténèbres congolais dans la jungle vietnamienne, dans un film qui s’appelle, non pas Au milieu de nulle part, mais Apocalypse Now. Ce rapprochement symbolique entre les deux situations constitue un renversement assez surprenant, dans un certain sens, si l’on pense que, selon les sites vietnamiens que j’ai pu consulter, nombre de Vietnamiens ignorent que le Congo de leur expression fait référence à un pays réellement existant.
Sources à explorer :
https://timviec365.vn/blog/tet-cong-go-la-gi-new16363.html
https://baohaiduong.vn/bao-gio-cho-den-tet-cong-go-167479.html
